Il y a maintenant près de deux mois que mon homme et moi avons emménagé dans notre nouvelle (et première) maison. Depuis notre arrivée, je fais chaque jour une longue promenade avec ma fille, qui en profite pour faire son seul vrai dodo de la journée. Soucieuse d’éviter la monotonie, je prends soin de varier l’itinéraire et je vais au hasard des rues. C’est ainsi que je découvre Charlesbourg, que je me familiarise avec notre nouveau quartier.
J’étais, au début, pleine d’enthousiasme et d’espoir. Le terrain m’était totalement inconnu et j’allais sans doute repérer, au hasard des promenades, mille détails intéressants et révélateurs de la vie de quartier. J’espérais, notamment, découvrir des terrains de jeux et avoir la possibilité de les comparer. Je m’imaginais déjà, dans un an ou deux, demandant à ma fille quel parc elle souhaitait visiter aujourd’hui et ainsi varier les activités.
Il se trouve que nous vivons justement à proximité d’un parc. Seulement, triste et minuscule, il ne recèle que peu de jeux et je n’y ai encore jamais vu, en deux mois, un seul enfant. Un soir, mon homme et moi y avons bien aperçu quelques personnes âgées réunies autour d’une partie de pétanque, mais c’est tout. Pas très encourageant, n’est-ce pas? Il y a fort à parier que lorsque j’irai y jouer avec Ophélie, nous serons seules. Les jeux arborent d’ailleurs des couleurs ternes, fanées, et je doute qu’ils soient souvent entretenus. L’école voisine a dû fermer ses portes, faute d’enfants, et nous n’avons accueilli que sept petits monstres à l’Halloween… Bref, rien de bien palpitant pour notre fille dans les environs immédiats.
Je me suis donc mise en quête d’autres parcs. Le croirez-vous? En deux mois, je n’en ai trouvé aucun. Partout, des maisons et de sages petits terrains privés impeccablement entretenus. Rien d’autre. Incrédule, je pousse chaque jour mes investigations un peu plus loin, fouille de nouveaux recoins, et je ne vois rien d’autre que des maisons. Je ne croise jamais personne, je n’aperçois que rarement une voiture en mouvement. J’entends les carillons tinter dans le vent, les branches des arbres craquer dans le froid, les oiseaux chanter, mes pas sur l’asphalte. Au-delà, le silence. C’est la campagne sans joli paysage, sans espace public autre que la rue. Je marche seule avec un bébé dans un quartier de vieilles personnes où pas un chat ne sort. J’observe les fenêtres voilées, les arbres emmaillotés pour l’hiver, je dessine pour me distraire une carte de mes pérégrinations des dernières semaines dans ma tête… Je me dis que ce n’est pas un quartier où vivre avec un enfant.
Le quartier serait-il mort?
Il y a bien la 1ère avenue et le boulevard Henri-Bourassa qui bougent un peu. On y trouve quantité d’avocats, de denturologistes, de coiffeurs et de massothérapeutes… Le pied!
Pas étonnant que les rares ados du coin se réunissent le soir pour faire crier leurs pneus dans la cour de l’école abandonnée, au bout de notre rue. Pas étonnant qu’ils se regroupent pour fumer je-ne-sais-quoi-mais-je-m'en-doute sous le porche de l’église avoisinante (vision déprimante que celle de ces jeunes désoeuvrés). Pas étonnant, enfin, que les abribus du coin se fassent régulièrement fracasser à coups de boule de quille. Il n’y a rien à faire, ici.
Mais à quoi donc vous attendiez-vous, en vous installant à Charlesbourg? me demanderez-vous. Et c’est vrai, nous ne sommes pas venus ici pour faire des activités passionnantes, mais bien pour trouver une maison et un terrain bien à nous où nous pourrions organiser notre nouvelle vie de famille. Mission accomplie. Nous sommes chez nous, nous y sommes bien, heureux et confortables. N’empêche qu’un peu de vie alentour ne serait pas de refus.
J’ai grandi en banlieue. Dans ma banlieue, il y avait de grands et chouettes parcs, il y avait des écoles partout, des enfants qui jouaient dans la rue, des piscines, des pataugeuses… Je pensais que toutes les banlieues se ressemblaient. Mais non. Visiblement, rien de tout cela ici.
Vos commentaires sont toujours les bienvenus!
Stéphane Malaimé, le lundi 4 décembre 2006 à 23:34 :
C'est un pur délice de lire vos jérémiades...! Plus agréable en tout cas qu'un cours de rhétorique manqué que l'on m'a fait subir il y a quelques années.
Anne-Marie, le mercredi 6 décembre 2006 à 18:44 :
J'aurais aimé que vous signiez votre vrai nom, Stéphane : je garde un souvenir précis de tous mes étudiants. Vous avez dû suivre mon cours la deuxième année que je l'ai donné. Ça n'avait effectivement pas été un succès, cette année-là. Je filais un mauvais coton, comme on dit. En tout cas, heureuse que vous ayez apprécié ce billet.
Maurice Barrès, le lundi 11 décembre 2006 à 12:40 :
Un mot pour vous dire qu'en faisant des recherches sur le web, je suis tombé sur votre mémoire de maîtrise que j'ai trouvé, et je le dis bien sincèrement, tout à fait excellent. J'ignorais à l'époque que vous étiez spécialiste de Chateaubriand...
Anne-Marie, le jeudi 14 décembre 2006 à 18:48 :
Merci
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