Quand j’étais petite, ma mère me couchait toujours sur le ventre. C’était alors la position de sommeil la plus recommandée par les médecins pour les bébés. Ma mère était bien placée pour le savoir, ayant elle-même fait ses études à la faculté de médecine de l’UdM et travaillant, au moment de ma naissance, auprès des enfants à l’hôpital Laval.
Peut-être parce que j’ai appris, bébé, à dormir sur le ventre, c’est demeuré ma position de sommeil favorite. Encore aujourd’hui, je ne dors jamais mieux qu’ainsi (cette position, rendue impossible par la grossesse puis, à présent, par l’allaitement, me manque d’ailleurs terriblement).
L’Institut national de santé publique du Québec recommande maintenant aux parents de coucher les bébés sur le dos, alors qu'il y a à peine huit ans, cette même position était considérée comme dangereuse, à cause des risques d’étouffement, et les bébés devaient alors être maintenus couchés sur le côté (surtout pas sur le ventre) par des coussins spécialement conçus à cet effet.
Les conseils fluctuent, se contredisent. Les parents, terrorisés par l’horrible perspective de la mort subite du nourrisson, s’adaptent, les suivent à la lettre, désireux de faire pour le mieux.
Ma fille, je l’ai déjà dit, dort peu (pas plus de douze heures par jour, la norme étant au moins seize, à son âge). Ce n’est pas qu’elle ait moins besoin de sommeil que les autres bébés. Le plus souvent, elle finit l’après-midi de mauvaise humeur en raison de la fatigue accumulée et passe une partie de ses soirées à pleurer pour la même raison. J’ai beau essayer de l’endormir, de la mettre au lit, il n’y a rien à faire. E je vous jure que j’ai tout essayé. Parfois, lorsque par miracle elle s’assoupit dans mes bras, je tente doucement de la coucher, histoire qu’elle puisse prendre du vrai repos, histoire aussi d’avoir un peu de temps à moi, mais le plus léger contact avec le matelas suffit à la tirer de ses rêves et ses hurlements de colère fusent aussitôt, accusateurs : voilà que je l’ai trahie en profitant d’un moment d’inattention pour la déposer. Elle refuse donc de dormir avec rage et obstination. Curieuse de tout, elle ne veut rien manquer et le sommeil lui semble un état indésirable. Du moins, c’est la conclusion à laquelle j’en suis venue, l’autre hypothèse plausible étant qu’elle ne veuille pas être séparée de moi.
Aujourd’hui, désespérée par les pleurs de fatigue de ma fille, je me suis décidée à essayer de la coucher sur le ventre. Ce faisant, je me suis sentie envahie par la peur et la culpabilité, je n’ai pu m’empêcher de me demander si je ne commettais pas là LE geste irréparable, si je n’exposais pas ma progéniture à un atroce danger. Après tout, dans le Mieux vivre avec notre enfant, il est écrit en caractères gras : «La mesure la plus importante à adopter pour réduire le risque de mort subite du nourrisson consiste à placer votre bébé sur le dos pour dormir.» Eh bien, vous savez quoi? Ma petite fille a d’abord semblé surprise. L’instant suivant, elle fermait les yeux et s’endormait toute seule, profondément, paisiblement, en souriant, laissant sa maman stupéfaite. Aurais-je trouvé la clef? Serait-elle comme sa maman (et son papa), tout simplement incapable de s’endormir sur le dos?
Elle dort présentement. C’est inespéré. Et au lieu de m’en féliciter, je m’inquiète, j’imagine le pire, je résiste à grand peine à l’envie de courir la changer de position, au risque de la réveiller.
Toute cette documentation sur la nécessité absolue de coucher les bébés sur le dos est bien alarmante, mais je dormais sur le ventre et je suis encore là pour en parler, n’est-ce pas?
Soupir.
Vos commentaires sont toujours les bienvenus!
Mel, le mercredi 22 novembre 2006 à 14:49 :
À ce propos, une nouvelle intéressante qui a fait la une des journaux scientifiques récemment:
sante.nouvelobs.com/Site/...
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