Nous avons mangé, hier soir, au Garam Massala, un restaurant indien sur la rue Cartier.
Nous nous en réjouissions à l’avance, certains de nous délecter de parfums exotiques, délicieux et variés. De ce côté, en effet, nous n’avons pas été déçus. Le repas était exquis. Les portions étaient généreuses et les plats, succulents. Nous avons cependant eu droit à un service pour le moins déroutant.
Le service était unilingue anglais, ce qui a tout pour surprendre, à Québec. À Montréal, déjà, je trouve fort déplaisant d’être servie en anglais, mais à Québec… À vrai dire, j’en ai été si étonnée que je n’ai pu ressentir de réelle contrariété, essayant plutôt de comprendre ce qui pouvait pousser le propriétaire d’un restaurant sis en plein quartier Montcalm à imposer l’anglais à une clientèle essentiellement francophone. Mon homme et moi en sommes venus à la conclusion qu’il devait avoir engagé des membres de sa famille fraîchement immigrés afin de faciliter leur insertion. Nous nous sommes donc décidés à parler aussi anglais, ce serait plus simple.
L’ennui, c’est que ni Hugo ni moi ne parvenions à comprendre avec certitude ce que disait notre serveur, celui-ci se débrouillant tout juste en anglais et le baragouinant avec un fort accent. Comme il ne saisissait pas davantage ce que nous lui disions, nous avons dû, de part et d’autre, jouer aux devinettes tout au long de la soirée, ce qui a donné lieu à des situations parfois cocasses. Ainsi, nous avons d’abord commandé des apéros, ce qui fut passablement compliqué, les serveurs n’étant pas familiers avec les alcools inscrits sur la carte. Nous avons ensuite choisi les composantes de notre repas, pointant ce que nous désirions sur le menu, et avons demandé une bouteille de vin pour accompagner le tout. Dix minutes plus tard, ne recevant pas les apéros, nous nous en sommes inquiétés. On nous a répondu que puisque nous avions commandé une bouteille de vin, ils en avaient naturellement déduit que nous ne voulions pas réellement d’apéritifs. Surpris, nous avons tant bien que mal entrepris d’expliquer que nous comptions boire d’abord les apéros, puis le vin en mangeant. Après un moment, les points d’interrogation sur les visages se sont effacés, et nous avons pu joyeusement entrechoquer nos verres de cinzano. Cependant, nous avions à peine eu le temps d’y tremper nos lèvres qu’on apportait les entrées. Bon. Exit l’apéro en deux grandes gorgées. Dommage. Tant pis. Nous avons alors réclamé le vin, qu’ils comptaient nous apporter plus tard pour les derniers mets. Il y avait du désarroi dans leurs yeux, sans doute autant que dans les nôtres. Nos pratiques leur semblaient manifestement fort étranges.
Le vin apporté, le serveur s’est avéré incapable d’ouvrir la bouteille. Déchirant et tordant le bouchon en tous sens, il lançait des regards désespérés vers le comptoir, espérant qu’un de ses collègues lui vienne en aide. Après un moment d’hésitation, je me suis levée et lui ai proposé de l’ouvrir moi-même, ce qu’il a accepté avec soulagement, m’expliquant sa totale inexpérience en la matière, ce sur quoi je me suis efforcée de le rassurer.
Nous avons ensuite pu souffler un peu et avons profité d’un excellent repas. À la toute fin, heureux et repus, nous avons demandé un café. Nouvelle confusion. Du café? Ils n’avaient pas prévu qu’on puisse en vouloir. Le serveur, après en avoir longuement discuté à la cuisine, est revenu nous expliquer qu’ils allaient devoir en faire. Y tenions-nous vraiment? Incertains d’avoir compris, nous lui avons simplement souri et il est reparti en hochant la tête. Nous avons attendu. Au bout d’une demie-heure, nous avons pris la décision de nous en aller. Tant pis pour le café.
Bref, ce fut délicieux, les serveurs furent gentils et firent tout leur possible, tout comme nous, mais surtout, ce fut très compliqué. Dans ces conditions, le repas a beau être un délice, la soirée perd en partie son charme. De leur côté, visiblement, les serveurs ne prenaient aucun plaisir à leur travail. Je suis sûre que dans la cuisine, ils devaient se plaindre de ce que leur patron les ait laissés seuls sans la moindre idée de ce qu’il fallait faire. Tous, ils débutaient, et la salle était pleine. Or, c’est bien connu : si le personnel panique et semble patauger, le client s’inquiète. C’est ce qui s’est passé : nous avions le sentiment non pas d’être entre bonnes mains, mais d’aller à la dérive.
Il serait surprenant que nous y retournions de sitôt. Je crois que nos livres de cuisine indienne suffiront, pour quelque temps, à notre bonheur.
Vos commentaires sont toujours les bienvenus!
Julie (visitez son site), le jeudi 7 juillet 2005 à 07:24 :
Quel resto bizarre en effet... À chaque fois que j'y suis allée il y avait une nouvelle surprise.
J'ai entendu dire, mais c'est à vérifier, qu'en fait la majorité des gens qui y travaillent ne sont pas des indiens mais bien des afghans, réfugiés pour la plupart... Ce qui je pense pourrait expliquer certaines choses?
Eveline Giles, le jeudi 7 juillet 2005 à 13:33 :
Quelle histoire! L'épisode du café est vraiment succulent. Bravo pour ce récit palpitant qui me donne envie de retourner au Garam Masala pour vivre toutes sortes d'expériences! Curieusement, les deux dernières fois où j'y suis allée, le serveur était un Québécois, et je n'en ai pas vu d'autres.
Christine, le mardi 3 janvier 2006 à 12:09 :
Ha, ha! :) Quel récit savoureux!
Je suis tombée sur votre site en faisant une petite recherche sur Google, histoire de vérifier si d'autres clients étaient, tout comme moi, insatisfaits de leur expérience au Garam Masala (en raison, surtout, du service unilingue anglais qui m'a quelque peu choquée, malgré mon bilinguisme).
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